vendredi 22 mai 2026

Delphine (traduction)

La fille de Cagnac-les-Mines


Souvent, le temps de la justice est bien plus long que celui de notre patience à suivre les affaires. Quand celle-ci est apparue, je ne m'en suis pas trop préoccupé. Tout s'était passé dans un village où j'allais depuis plus de vingt ans jouer à la pelote basque. Mais à l'époque, je ne m'étais même pas soucié de la maison où ça avait eu lieu. Une maison d'où une jeune fille était partie, une nuit fraîche d'hiver pour une destination à peu près inconnue, peut-être d'elle-même, qui sait ? Je n'avais même pas cherché ce lieu. Nous étions encore dans ces malheureux moments de confinements répétés, dus à un mauvais microbe dont nous ne devrions même plus dire le nom. Finalement, le mari de cette jeune femme fut suspecté et mis en prison. Après deux ans de mentions quotidiennes dans la presse, je ne m'en souciait plus. Jusqu'à ces derniers jours, avec tout le désordre que faisait la tenue du procès. Toute l'histoire m'est alors revenue d'un seul coup. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point l'événement s'était passé tout près de la route que j'empruntais pour aller jouer à la pelote, dans la grande salle, à côté du lac de la Mine.

À Cagnac, tout est un peu différent d'ailleurs. Le sous-sol pour commencer, est troué de partout par ce siècle d'extraction du charbon, commencé en 1883 après le forage décidé par Emile Grand. Ensuite les terrains font des creux et des bosses comme celui du court de tennis, tout en haut du village. Une sorte de bradiséisme à l'échelle locale, dû sans doute à cette activité minière d'autrefois. C'est la même chose au lac des Homps qui est maintenant une aire de pêche très prisée et un endroit agréable pour les promeneurs, les coureurs de fonds qui en font le tour toute l'année, ou pour les estivants aux mois les plus chauds. Ce lac de la mine est apparu au début du vingtième siècle, suite au pompage d'exhaure des galeries du puits de Camp Grand, attenantes à ce lieu qui n'était auparavant qu'une combe. Cette commune même, Cagnac les Mines, n'existait pas avant l'extraction du charbon, ce n'était qu'un lieu-dit de celle de Castelnau jusqu'en 1910.

Ce soir, en revenant de l'entraînement hebdomadaire de pelote basque, j'étais sur ma moto, mes raquettes de bois dans le sac sur mes épaules, les pieds bien calés sur les repose-pieds de ma machine, bien certain de mes sens et de mes convictions. Je ressentais la moindre aspérité du ruban de bitume qui se déroulait devant moi. À la sortie du village, en descendant la courbe sombre de la route, je n'avais pas encore identifié la forme qui se trouvait dans la convexité de la route, en contre-bas du château-d'eau. La silhouette se précisait et prenait finalement forme humaine, ombre obscure qui se détachait à peine du ravin sombre. À une dizaine de mètres, je me suis rendu compte que c'était une femme qui marchait sans lumière sur le côté de la route.

Elle semblait déterminée et pressée d'arriver au plus vite en haut de la côte. Et d'un seul coup, arrivé à son niveau, elle est sortie de l'ombre. Dans l'ovale de son visage, j'ai vu un air indéfinissable sous des cheveux raides un peu décoiffés. Elle était bien roulée, vêtue d'une doudoune ajustée. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser, aussitôt que c'était elle, comme une évidence. Personne n'y avait encore pensé : c'était Delphine, perdue encore mais qui revenait, presque cinq ans après sa disparition. Pourquoi maintenant ? Comment c'était possible ? Tout ça n'était pas vraiment important, tant l'idée s'imposait dans mon esprit. C'était un fait, une évidence, à cause de cette apparition étrange, une évidence comme un cri muet qui m'a glacé le sang sur l'instant.

La fille de Cagnac-les-Mines était revenue. Ou, plus exactement, la fille de Cagnac était revenue des mines. Elle avait dû tomber dans quelque trou oublié de cette activité industrielle. Personne ne savait si elle avait disparu toute seule ou si elle y avait été « aidée » par une tierce personne. Et depuis, elle était restée coincée dessous quoiqu'on en pense. Et elle n'en sortirait que maintenant. Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi au moment même d'un procès des plus médiatisés ?

Peut-être à cause d'une déformation du temps ou de l'espace, ou de quelque chose comme ça : une explication comme on en voit très souvent dans les films… on peut bien dire jusqu'à en être gavés. Il faut dire que maintenant, l'histoire de cette jeune femme est tellement commentée, et décrite partout, que tout ce qui la concerne a pris une vraie consistance. Je suis bien conscient de ça et c'est la raison pour laquelle je ne devrait pas trop en parler...

Ça me faisait penser au chat de Schrödinger. Ce père fondateur de la mécanique quantique avait imaginé un dispositif pour expliquer ce qu'était un état quantique, une possibilité non prédéfinie d'exister ou pas. Il avait imaginé un chat enfermé dans une cage lourde et opaque, d'où ne pouvait provenir aucun son. Le contenu de cette cage était relié à un dispositif pouvant faire périr tout de suite l'animal ou le garder en vie selon l'état d'une certaine particule subatomique. L'indétermination de l'état quantique de cette particule faisait que le chat était de facto exactement mi mort et mi vif, sans qu'aucun observateur ne puisse en décider autrement qu'en ouvrant la cage, découvrant le chat mort (ou vif), ce qui ferait tout de suite perdre à la particule toute réalité. C'était le fameux problème de la mesure qui détruit l'observation.

Quand un corps n'est pas retrouvé, c'est comme ce chat. Si on ne considérait que ce fait : un corps qui n'est pas retrouvé, qui n'est donc ni mort ni vif, sans autre considération, quantiquement parlant, cette personne devrait être considérée en même temps comme moitié vivante et moitié morte. Ou peut-être devrait-on la considérer plus qu'a demi morte, étant données les circonstances ? Mais quel que soit le ratio, même s'il était d'une possibilité de vie contre mille de mort, si on reste dans les brumes sombres de la vérité vraie, il y aura toujours cette possibilité, de revoir la fille de Cagnac. Les chrétiens pouraient l'imaginer comme auréolée de lumière, mais cette possibilité est un rêve que tout le monde doit avoir, je suppose.

C'est un peu le même ressenti que j'ai pu avoir aux Assises d'Albi, où je suis allé un jour de cette semaine. L'excitation montait au fur et à mesure que la journée avançait, parmi ceux qui se préoccupaient en sortant de l'audience du matin de se retrouver tout de suite dans la file d'attente de celle de l'après-midi. Même à la barre où les personnes étaient tenues de parler sans honte et sans crainte, de jurer de dire la vérité, toute la vérité, mais seulement la vérité. Une fois le silence fait dans la salle, ceux-là devaient refaire leur déclaration sans changer une virgule, se rappeler les circonstances de ce jour funeste. Est-ce que ceci a bien eu lieu ? Est-ce que cela n'a jamais existé ? Quand et comment ont été faites leurs observations ?... Une chose est sûre, tout le monde s'agaçait de ne pas réussir à savoir. Certains se mettaient en colère en affirmant ce qui avait bien pu se passer. Qu'est-ce qui s'était passé, il y a cinq ans, à quelques jours de Noël ?

Moi non plus, je n'avais pas le droit de savoir. Et pourtant, je venais de passer devant ce fantôme étrange qui montait la côte comme si de rien n'avait été, comme si les cinq dernières années n'avaient été qu'une pause trop longue d'un mauvais moment. Sans m'en rendre compte, j'allais moins vite. Ma moto ronflait encore, mais dans mon esprit, tout s'était beaucoup ralenti. Je n'avais pas vu ses yeux. Mais je savais, je pressentais qu'elle ne regardait personne. Elle n'était pas revenue pour nous, les vivants. Aussitôt dépassée, j'avais retourné la tête. C'était un geste un peu bête, un peu dangereux, mais que je devais faire coûte que coûte ! La silhouette était déjà retournée dans l'ombre. Comme si elle n'avait jamais existé. Comme si ça avait été une illusion.

Cette image me captivait. Dès lors, je me remémorais toujours ce moment. Dans mes rêves, les nuits suivantes, je ne faisais pas plus d'une centaine de mètre. Puis la roue arrière de ma moto patinait et je faisais demi-tour. Puis je remontais la côte. Mais à chaque fois, quand j'arrivais à l'endroit où j'avais vu la fille… il n'y avait plus personne. Rien. Juste la brise qui faisait bouger les branches derrière le fossé. La plupart du temps le rêve s'arrêtait là. Une fois, j'ai eu l'idée de couper le moteur. Mais à la place du silence attendu, j'ai noté un bruit différent, quelque chose comme un frottement. Comme des pas sur du gravier. Ça ne venait pas de la route, mais de plus loin, en bas. Je n'ai jamais été superstitieux, mais une idée m'est tout de suite apparue. Une conviction s'imposait à moi, sans passer pour le raisonnement. Les mines. Les galeries. Les trous qui ne sont pas tous connus. Ceux qui ont été fermés, oubliés, ou simplement non répertoriés. Et si c'était ça ? Si elle n'avait pas continué sur la route ? Si elle avait coupé par un travers ? Je reprenais la moto, tout doucement. Je suivais le chemin qui menait au bois. La nuit, l'endroit est différent… un autre monde. Un endroit qui semble attendre quelque chose. Je laissais la moto au niveau du chemin. Le bois était là, noir et sombre, comme une promesse obscure. Pas un souffle de vent, maintenant…

Je voyais quelque chose. Pas elle. Mais une sorte de trou dans la terre, à quelques mètres de l'orée du bois. Un trou absent de mon souvenir. Ou peut-être qu'il y était, mais je n'y avais jamais prêté attention. Un simple trou, comme il y en a partout dans ce pays de mines. Mais là le terrain semblait avait été remué. Et, de façon plus étrange encore, ça ne ressemblait pas un effondrement. Plutôt… un débouché. Je m'en rapprochait doucement... Mon cœur frappait dans ma poitrine à chaque pas. Je sortis le téléphone, pour éclairer, dans un tremblement. Et c'est là que je l'ai vue. Pas comme sur la route. Seulement une main. Une main noire de terre, posée au bord du trou, comme pour se hisser en dehors. Les doigts étaient longs et minces, couverts d'une sorte de poussière obscure. Comme des cendres. J'étais pétrifié. La main bougeait. Les doigts frottaient légèrement la terre. Comme s'ils cherchaient à tâtons. J'ai voulus appeler, gueuler son nom. Mais rien n'est sortit : j'avais la gorge sèche, fermée.

Et puis, plus rien. Une disparition, oui, mais des plus présentes : ce rêve revenait. Maintenant je savais… La question n'était plus de savoir si elle était vivante ou morte. A mon avis elle était vraiment là, quelque part. Pour moi, le plus terrible n'était plus la disparition de cette fille. Ce n'était plus le procès de son mari, ni les récits qui changeaient chaque jour. Non. Ce qui m'apparaissait après toutes ces nuits, cette évidence qui me dérangeait, c'était que si la fille revenait dans nos têtes… Alors elle n'était pas seule. D'autres filles avaient sans doute fait le même voyage, avant de nous faire leur révérence.

Dès lors, dans le silence épais du bois, j'entendais à nouveau ce frottement. Pas à côté de moi, mais plus loin. Comme une réponse.


Belibastou


La dròlla de Canhac de las Minas


    Plan sovent, lo temps de la justiciá es fòrça mai long que lo de nòstra paciencia a seguir los afars. Quand sortiguèt, aquela d'aquí me tafurèt pas tròp. S'èra passada dins un vilatge ont anavi dempuèi mai de vint ans jogar a la pelòta vasca. A l'epòca, m'èri quitament pas trauchat de l'ostal ont s'èra passat. Un ostal d'ont un dròlla partiguèt, una nuèch fresca d'invern per una destinacion gaireben desconeguda, benlèu d'ela metèis, qual sap ? Aviái pas tròp cercat lo luòc ont aquò s'èra passat. Èrem encara dins aquèl marrit temps d'acantonaments repetits, deguts a un missant micròba dont deuriam pas mai dire lo nom. Fin finala, l'òme d'aquela femnòta, foguèt suspectat e botat en preson. Après dos ans de mencions de cada jorn dins la premsa, me 'n trachava pas pus. Dusca a aicestes darrièrs jorns, amb tot lo rambalh que fasiá la venguda del procès. L'istòria tota m'èra tornada d'un còp. M'èri pas mainat quant l'eveniment s'èra passat près de la rota que preniái per anar jogar a la pelòta, dins la sala granda, a costat del lac de la mina.

    A Canhac, tot es un pauc diferent d'endacòm. D'en primièr lo sossòl, traucat de pertot dempuèi un sègle d'extraccion del carbon de pèira, que comencèt en mila-uèch cents-ochanta tres aprèp lo foratge decidit per Emile Grand. Puèi los terrens que fan de cròses e de morrèls com'aquel de tennis, tot en naut del vilatge. Una mena de bradiseisme a l'escala locala, degut benlèu a aquela activitat minièira d'un còp èra. Es çò meteis per lo lac dels Homps qu'es, a l'ora d'ara, una pesquièra plan coneguda e un airal agradiu pels passejaires, corèires de fons que ne fan lo torn tota l'annada o pels estivants als mès cauds. Aquel lac de la mina s'èra format a la debuta del ségle vint, coma consequencia del pompatge de l'aiga dins las galeriás de Camp Grand, atenentas an aquel luòc qu'èra sonqu'una comba de per abans. Aquela comuna, ela metèissa, Canhac de las Minas, existissiá pas abans l'extraccion del carbon de pèira, èra pas qu'un luòc dich d'aquela de Castelnau dusca mila-nòu cents-dètz.

    Aqueste ser, en tornent de l'entrainament setmanièr de pelòta vasca, èri sus ma motò, las raquetas de lenha dins la saca sus las espatlas, los pès plan tancats sus los còtapès de ma machina, plan segur de mas sensacions e de mas conviccions, sentissiái la mendre asperitat del riban de betum que se debanava davant ieu. A la sortida del vilatge, en davalant la corba escura de la rota, aviái pas encara identificat la forma dins la convexitat de la rota, en capval del castèl d'aiga. La forma que se precisava veniá fin finala unason nivèl, èra sortida de l'ombra. Ai fintat l'oval de sa cara, ai vist un aire indefinible jós los pels regdes un pauc descofats. Èra plan facha, vestida d'una dodona que li tombava fòrt plan. N'ai pas pogut m'empachar de pensar, dins un liuç qu'èra èla, coma una evidencia. Degun i aviá pas encara pensat : èra la Delfina, perduda encara mas que tornava pasmens, gaireben cinq ans après sa disparicion. Perqué ara ? Cossí èra possible ? Tot aquò èra pas brica important de tant que l'idea s'impausava dins mon esperit. Lo fach èra sonque una evidencia, per causa d'aquèl agach estranh que me venguèt, una evidencia com'un crit mut que me sanglacèt sulpic.

    La dròlla de Canhac de las Minas èra tornada. O puslèu, la dròlla de Canhac èra tornada de las minas. Aviá degut tombar dins un trauc doblidat d'aqueste activitat industriala. Digun sabiá pas se o aviá fach tota sola o « ajudada » per qualqu'un mai. E demorava ailà dempuèi, entraucada quala que ne sià la causa. E ne seriá pas jamai sortida fins a ara. Perqué seriá estada destraucada uèi ? Perqué a la mitat d'un procès mediatizat de los bèls ?

    Per causa d'una deformacion del temps o de l'espaci, o quicòm aital. Aquò seriá una explicacion coma lo cinema nos ne servís plan sovent... aquò rai dusqua a n'èsser coflats. Mas l'istòria d'aquela femnòta es tant comentada ara, e descricha de pertot, que tot aquò a pres una vertadièra consisténcia. Ne soi pas ninòi e o caldriá benlèu pas clamar suls teulats…

    Aquò me faguèt pensar al gat de Schrödinger. Aquel paire fondator de la mecanica qüantica aviá imaginat un dispositiu per explicar çò qu'èra un estat qüantic, una possibilitat indefinida d'existir o d'existir pas. Aviá imaginat un gat embarrat dins una gàbia pesuca e opaca, d'ont podiá pas provenir cap de son. Lo contengut d'aquela gàbia èra religat a un dispositiu podent far perir sulcòp l'animal o lo gardar en vida segon l'estat d'una certana particula subatomica. L'indeterminacion de l'estat qüantic d'aquela particula fasiá que lo gat èra de facto exactament mièg mòrt e mièg viu sens que cap d'observator pòsca ne decidir autrament qu'en dubrissent la gàbia, descobrissent lo gat mòrt (o viu), çò que fariá sulcòp pèrdre a la particula tota realitat. Èra lo problèma famós de la mesura que avaliga la natura del fach observat.

    Quand un còs es pas retrobat, es com' aquel gat. Normalamant, sens considerar rès d'autre qu'aquel fach, un còs qu'es pas tornat, ne mòrt ne viu, se vèsem pas qu'aquò, una persona desapareguda, sens altra consideracion, qüanticament, aquela persona deuriá èsser considerada mièg viva e mièg mòrta a l'encòp. O benlèu seriá mai que la mitat mòrta, èssent consideradas las circonstancias ? Mas qual que siá lo ratio, emai foguèsse d'una possibilitat de vida contra mila de mòrt, se demorèm dins las tubas negras de la vertat vertadièira, i aurà totjorn aquela possibilitat, de tornar veire la dròlla de Canhac. Los crestians la porian imaginar encapelada dins un vestit de lum, mas aquela possibilitat es un sòm que tot un cadun volriá far, supausi.

    Es un pauc lo meteis tremolament qu'ai sentit a las Assisas del tribunal d'Albi, ont soi anat un jorn d'aquela setmana. L'excitacion crèissiá del temps que la jornada passava, demest los que s'afanan en sortissent de l'audiéncia del matin per se retrobar sulcòp dins la fila d'espèra de la tantosada. Quitament a la barra ont las personas eran tengudas de parlar sens vergonha e sens crenta, de jurar de dire la vertat, tota la vertat, mas sonque la vertat. Un còp lo silenci fach dins la sala, aqueles devian tornar far lor declaracion sens cambiar una virgula, se remembrar las circonstàncias d'aquel jorn funèst. Quicòm foguèt ? Quicòm foguèt pas ? Cossí e quora fogueron fachas lors observacions... Una causa es segura, tots e totes s'atissavan de capitar pas a saupre. D'unes s'encanissavan en afortissent çò qu'aviá plan pogut se passar. Que s'èra debanat, aquò fa cinq ans, qualques jorns abans Nadal ? 

    Ièu tanben, aviái pas lo drech de saupre. E ça que la, veniái de passar davant aquela treva estranha que pujava la còsta coma se res foguèt, coma se los cinc ans passats foguèsson pas qu’una pausa dins una passa tròp longa. Sens me’n mainar, alentiguèri. La motò ronflava encara, mas dins mon cap tot èra vengut fòrça pus lent. Aviái pas vist sos uèlhs. Mas sabiái, sentissiái que fintava pas degun. Èra pas tornada per nautres, los vivents. Tanlèu despassada, aviái revirat lo cap. Èra un pauc caluc, un pauc dangierós. Mas me lo caliá far, a tot perdre ! La siloeta èra ja tornada dins l’ombra. Coma s'aviá pas jamai existida. Coma se foguèt estada una illusion. 

    Aquela imatge me pivelava. D’aquí enlà, me soveniái d'aquel moment. Dins mons sòmis, las nuèchs seguentas, fasiái pas qu'un centenat de mètres. La ròda arrièra patinava e fasiái mièg torn. Tornavi montar la còsta. Mas cada còp, quand arribavi al luòc ont aviái vista la dròlla… i aviá pas degun. Pas res. Sonque l'aura que bolegava las brancas darrièr lo valat. Plan sovent lo sòmi s'arrestava aquí. Mas un còp aguèri l'idèa de copar lo motor. Alara, foguèt pas lo silenci que trapèri, mas un autre bruch, quicòm com'un fregadís. Coma de pès sus de grava. Aquò veniá pas de la rota. Veniá de mai luènh, en bas. Soi pas jamai estat supersticiós, mas ça que la, aquela idèa me veniá sulpic. Una conviccion s'impausava, sens passar pel rasonament. Las minas. Las galariás. Los traucs que se coneisson pas totes. Los qu'eran tampats, doblidats, o simplament pas repertoriats. E se foguèt aquò ? S'aviá pas continuat sus la rota ? S'aviá presa un travèrs ? Repreniái la motò, fòrça doçament. Seguissiái lo camin que menava cap al bòsc. De nuèch, lo luòc es pas lo meteis… Es un autre monde. Un endrech que sembla esperar quicòm. Daissavi la motò al ras del camin. Lo bòsc èra aquí, negre e sorna, coma una promessa escura. Pas un alen de vent, ara… 

    Vesiái quicòm. Pas ela. Mas una mena de trauc dins la tèrra, a qualques mètres de l'aurièra del bòsc. Un trauc qu'èra pas aquí dins mon sovenir. O benlèu foguèt, mas i aviái pas jamai fach atencion. Un simple clòt, coma n'i a dins aquel país de minas. Mas aquí lo terren èra coma s'aviá estat bolegat. E, çò pus estranh, semblava pas un esfondrament. Puslèu… una sortida. Me sarrava doçament... Lo còr tustava dins lo pitre a cada pas. Sortiguèri lo telefonèt, per far lo lum, que tremolèt. E foguèt aquí que l’ai vista. Pas coma sus la rota. Sonque una man. Una man negra de tèrra, pausada a la broa del trauc, coma per se tirar fòra. Los dets èran longs e prims, cobèrts d’una mena de polsa escura. Coma de cendres. Èri petrificat. La man bolegava. Los dets fregavan leugièrament la tèrra. Coma se cercavan a palpas. Volguèri cridar. Bramar son nom. Mas res sortiguèt pas : aviái la garganta seca, barrada. 

    E puèi, pas res pus. Une disparicion, òc. Mas de las mai presentas : aquel sòmi tornava. Ara sabiái… La question èra pas pus de saber se foguèt viva o mòrta. Èra endacòm per ièu. Lo pus terrible èra pas mai la disparicion d'aquela dròlla. Èra pas mai lo procès de son òme, nimai los racontes que cambiavan cada jorn. Non. Çò que me venguèt aprèp aquelas nuèchs, l'evidéncia que tafurava mon esperit, èra que se la dròlla tornava aquí dins nòstres caps… Alara èra pas sola. D'autres dròllas avian benlèu degut far aquel
voiatge, abans de se tirar de pels passes. 

    D'ara endavant, dins lo silenci espés del bòsc, ausissiái tornarmai aquel fregadís. Pas a costat de ièu. Mai luènh. Coma una responsa.

Belibaston 

dimanche 19 avril 2026

mardi 14 avril 2026

Derrière le miroir de la Salle des Manuscrits de la Rue de Richelieu

Visite hier des réserves de la BNF Richelieu :



Je me suis penché hier sur un manuscrit que le Cardinal de Richelieu a tenu en mains avant moi ...


mardi 10 mars 2026

Courrières, 10 Mars 1906

L'Humanité,
Article de Pierre Outteryck

Drame ! Il y a au moins 1 099 victimes. En ne respectant pas la loi, les sociétés minières n’hésitent pas alors à faire travailler des enfants de moins de 13 ans. Pour éviter un contrôle éventuel, ceux-ci n’ont pas reçu la lampe réglementaire remise avant la descente. N’oublions pas les 16 sauveteurs décédés, les 696 blessés dont beaucoup d’invalides, les 562 veuves, les 1 133 orphelins. Les veuves seront pour la plupart chassées de leur logis loué par les compagnies.

Trois villes minières sont touchées : Sallaumines, Méricourt, Billy-Montigny. La Compagnie des mines de Courrières est, avec celle de Lens, la plus importante du Pas-de-Calais. Depuis plusieurs années, de vastes travaux de réaménagement favorisant la productivité et donc l’exploitation des « gueules noires » ont été réalisés.

L’émotion mondiale causée par cette catastrophe

Les sirènes crient. Depuis plusieurs jours, le feu, contenu par de fragiles murs de brique, couve dans certaines galeries. Ce 10 mars 1906, à 6 h 30, une violente déflagration secoue la mine. Venues des corons se précipitent des femmes à l’entrée des carreaux de mine. Les grilles ont déjà été fermées et personne ne peut y entrer. Immédiatement, sauveteurs et délégués mineurs cherchent à pénétrer dans les entrailles de la Terre pour y extirper des survivants. Les ingénieurs s’interrogent, les actionnaires s’inquiètent : l’arrêt de l’exploitation est préjudiciable à leur profit.

Trois jours après, la compagnie décide d’arrêter toute recherche d’éventuels survivants. L’aérage créant la circulation de l’air est volontairement inversé. Tous savent que l’aérage est un fil d’Ariane connu des mineurs leur permettant de se diriger dans l’obscurité. Notables, Églises et gouvernement votent charitablement des secours. Les syndicats de mineurs reçoivent de multiples dons : 7,5 millions de francs sont ainsi récoltés, attestant de l’émotion mondiale causée par cette catastrophe.

Le 13 mars, jour des enterrements, les mineurs crient : « Vive la grève ! Vive la Révolution ! » En effet, ils sont scandalisés par les propos de la direction de la compagnie, qui proclame qu’elle va reprendre l’activité malgré la volonté des mineurs de continuer les recherches. Lors des funérailles, les chefs réformistes évoquent la fatalité et la responsabilité des ingénieurs. Pas un mot sur le désir cupide des actionnaires ! Ainsi, les députés socialistes Basly et Lamendin ne mettent en cause que la fatalité et les ingénieurs : « Citoyennes, citoyens, devant cette tombe que la fatalité a creusée large et profonde pour recevoir ses nombreuses victimes, j’ai le cœur déchiré… »

Le « vieux syndicat » qu’ils dirigent n’appelle pas à la grève. Pourtant, dès le lendemain, elle est générale et se développe dans tout le bassin minier. En effet, le « jeune syndicat » de la CGT, dirigé par Benoît Broutchoux a lancé le mot d’ordre « les 4 × 8 » : « 8 francs par jour, 8 heures de travail, 8 heures de repos, 8 heures de loisirs ». Il exige aussi que les délégués mineurs puissent, en cas de danger, arrêter l’exploitation d’une taille. Revendication jamais obtenue jusqu’alors.

Surprise ! Le 30 mars, 13 mineurs hagards retrouvent l’air libre ; le 4 avril, un 14e rescapé surgit. Ces survivants prouvent le scandale d’avoir arrêté les recherches seulement soixante-douze heures après la catastrophe. Ces rescapés vont attiser dans tout le bassin minier la colère des mineurs et de leurs familles. La grève se poursuit.

Répression et misère brisent le mouvement

Jean Jaurès, dirigeant de la SFIO naissante, prend la parole le 3 avril au Palais-Bourbon : « Pourquoi la Compagnie de Courrières (…) a-t-elle négligé les avertissements des inspecteurs des mines ? Pourquoi n’a-t-elle pas suspendu l’activité de la mine et la descente des ouvriers ? Est-ce la seule responsabilité des ingénieurs mise en jeu ? Il s’agit en fait de la responsabilité collective, impersonnelle, de ces vastes assemblées d’actionnaires qui ne demandent à leurs représentants à la mine que le maximum de dividendes. » Prise de position visionnaire, la majorité des députés vote dans la foulée la nationalisation des mines de Courrières. Le Sénat y met son veto.

Clemenceau, ministre de l’Intérieur, s’appuie, lui, sur le « vieux syndicat » pour isoler la grande figure du mouvement syndical et libertaire dans le bassin qu’est Broutchoux. Les négociations ont lieu à Paris sans lui. Alors que la CGT proclame que le 1er mai 1906 sera une grande journée de manifestations et de luttes afin d’obtenir la journée de huit heures, dans le bassin minier aucune réponse n’est apportée aux revendications des mineurs. Après un accord signé avec le « vieux syndicat », Clemenceau, à la demande du patronat minier, envoie la troupe, prétendument pour protéger les puits.

Fin avril, répression et misère brisent ce mouvement né et structuré par la CGT, dont est membre le « jeune syndicat ». Durant les six semaines de conflits, la compagnie et ses actionnaires resteront sourds aux revendications des mineurs… La mort des hommes compte peu par rapport aux profits !

Beaucoup laissent croire à l’inutilité de cette grève. Pourtant, à la suite de ce mouvement, les députés voteront, le 13 juillet 1906, un jour de congé hebdomadaire pour tous les travailleurs. Un poste de secours ultramoderne sera ensuite créé. En 1911, les mineurs inaugureront leur maison syndicale à Lens.

dimanche 8 mars 2026

lundi 2 mars 2026

Il a les moyens le Président ...

 Petit aller-retour à Brest à la journée, avec 6 avions ...


  

dimanche 22 février 2026

Magnifique flash-mob de Julien Cohen

 


Avec les coulisses du happening :

https://www.tf1info.fr/culture/video-reportage-un-reve-d-enfant-apres-bohemian-rhapsody-les-secrets-de-la-nouvelle-video-virale-en-plein-paris-du-pianiste-julien-cohen-2408699.html

mercredi 18 février 2026

jeudi 5 février 2026

L'impact de l'IA sur le monde du travail

Un rapport extrêmement bien fait et très crédible :

https://www.cognizant.com/us/en/aem-i/ai-and-the-future-of-work-report




lundi 2 février 2026

vendredi 23 janvier 2026

Le cas Tavares

Un excellent article de Franck Aggeri, professeur de management à Mines Paris-PSL
dans Alternatives Economiques du 23 Janvier 2026

Le cas Carlos Tavares ou pourquoi les rémunérations des dirigeants augmentent autant

L’autobiographie est un genre littéraire qu’affectionnent les dirigeants politiques et d’entreprise. Dernier exemple en date : "Un pilote dans la tempête. Le parcours incroyable d’un des plus grands patrons automobiles du monde" (Plon, 2025), signé Carlos Tavares, l’ancien directeur général du groupe Stellantis (fusion des groupes Fiat Chrysler et PSA). 

L’exercice était périlleux car le groupe est aujourd’hui dans la tourmente avec des parts de marché en forte baisse, des scandales à répétition (airbags et moteurs thermiques défectueux) et une baisse vertigineuse du cours de Bourse (- 60 % en deux ans).

Le livre a deux objectifs : d’une part, donner une épaisseur humaine au parcours de l’auteur dans l’industrie automobile – d’abord chez Renault, puis chez PSA et enfin chez Stellantis –, et à sa passion pour la « bagnole » et les courses automobiles ; d’autre part, réhabiliter son œuvre de grand capitaine d’industrie. 

Sûr de lui et de son bilan, il revient sur les rémunérations considérables qu’il a touchées lors de son court passage de trois ans à la tête de Stellantis, les jugeant tout à fait justifiées au regard des performances financières exceptionnelles obtenues par le groupe sous sa direction.

Rappelons qu’à son arrivée, il a touché 66 millions d’euros, dont 47 millions sous forme d’actions gratuites et que huit mois avant d’être débarqué, le conseil d’administration a voté en avril 2024 une rémunération de 36,5 millions d’euros, des sommes jamais atteintes pour un dirigeant d’entreprise français.

Rémunérations vertigineuses

Le cas Tavares n’est que l’illustration d’un phénomène plus général : l’explosion continue des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises et le creusement vertigineux des inégalités entre dirigeants et salariés. En France, la rémunération moyenne des PDG du CAC 40 a atteint 6,5 millions d’euros en 2024, soit 82 fois la rémunération moyenne des salariés du CAC 40. Aux Etats-Unis, l’écart est encore plus abyssal : les dirigeants des 500 plus grandes entreprises du pays gagnent en 2024 en moyenne 16,5 millions d’euros, soit 196 fois le salaire médian de leur entreprise alors que cet écart n’était que de 1 à 20 en 1965.

Avant 2013, les rémunérations n’étaient pas toujours connues du public en France. Le changement est intervenu avec l’adoption du code de bonne gouvernance de l’Afep-Medef qui préconisait, au nom d’un principe de transparence, un vote consultatif des actionnaires sur la rémunération des dirigeants, le say on pay, inspiré des pratiques en vigueur dans le monde anglo-saxon. La plupart des entreprises du CAC 40 ont alors souscrit à ce code. Cette disposition est devenue obligatoire en 2017 avec loi Sapin II relative à la transparence et à la modernisation de la vie économique.

Or, les rémunérations des dirigeants du CAC 40, selon Le Figaro s’élevaient en 2013 à 2,25 millions d’euros. Elles auraient donc presque triplé en un peu plus d’une décennie.

On se souvient de la controverse qu’avait suscitée la divulgation en 1989 par le Canard enchaîné de la feuille d’imposition de Jacques Calvet alors PDG de PSA. Son salaire s’était élevé cette année-là à 2,2 millions de francs (l’équivalent de 600 000 euros actuels), provoquant un tollé général car cela représentait 30 fois le salaire d’un ouvrier de l’époque ! Une somme pourtant dix fois inférieure à celles d’aujourd’hui dans le CAC 40 et cent fois plus faible que celle touchée par Carlos Tavares en 2021.

Rareté des talents et performances financières

Comment cette envolée est-elle justifiée par les dirigeants et les membres des conseils d’administration ? Trois arguments sont généralement avancés, que Carlos Tavares reprend à son compte dans son livre.

Premier argument : la rareté des talents dans un marché concurrentiel.

Ainsi, la comparaison avec les sportifs de haut niveau est souvent utilisée. A l’instar de Kylian Mbappé, auquel Carlos Tavares avait été comparé par Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef en 2023, les PDG de talent seraient très rares et feraient l’objet d’une surenchère des concurrents pour se les arracher.

Deuxième argument le reflet des performances financières des entreprises.

Constituée en grande majorité d’une part variable, une rémunération élevée serait la juste récompense d’une bonne gestion d’une entreprise performante.

Troisième argument : la juste rétribution d’une prime de risque.

Carlos Tavares la reprend dans son livre, comparant le risque pris par un dirigeant à celui d’un entrepreneur. A la différence d’un salarié qui bénéficie d’un contrat de travail protecteur lorsqu’il est CDI, le dirigeant peut être révoqué à tout moment si les performances de l’entreprise se dégradent.

Des arguments discutables

Or, ramener la performance d’une entreprise qui mobilise plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de collaborateurs, à l’action d’un dirigeant a quelque chose d’incongru. Contrairement à un sportif de haut niveau, le rôle du dirigeant n’est pas de faire, mais de « faire faire », c’est-à-dire de conduire l’action des subordonnés. Ainsi, l’action d’un dirigeant s’apparente davantage à celle d’un entraîneur qu’à celle du sportif.

Quant à l’argument du mercato international des dirigeants, il est fallacieux. Les dirigeants d’origine étrangère sont l’exception, et ce, dans tous les pays du monde. Car, pour être bon dirigeant, il ne suffit pas d’être efficace, il importe également de connaître les rouages politiques et la culture du pays d’origine.

Les rémunérations seraient-elles corrélées aux performances financières des entreprises ? Cet argument ne tient pas davantage. Si la santé financière des entreprises du CAC 40 est plutôt solide, elle n’a pas progressé dans des proportions telles qu’elle justifie un triplement des rémunérations en 11 ans. Cette envolée ne s’explique donc pas par des données financières objectives.

Enfin, la comparaison avec l’entrepreneur ne résiste pas davantage à l’analyse des faits. Non seulement le dirigeant n’engage pas sa fortune personnelle, mais s’il est débarqué, il a généralement négocié en amont un confortable parachute doré. Sans compter que la plupart rebondissent dans une autre entreprise, comme consultant ou comme membre de conseils d’administration (CA).

Comment alors expliquer la hausse constante des rémunérations des dirigeants ? Quatre explications alternatives peuvent être avancées pour expliquer le phénomène.

De l’effet petit monde à l’échelle de perroquet

La première explication est bien évidemment l’impact de la financiarisation sur le comportement des dirigeants. La doxa contemporaine de la gouvernance d’entreprise puise sa source dans la théorie de l’agence qui vise à aligner le comportement des dirigeants sur celui des actionnaires par le biais d’incitations visant la maximisation de la valeur actionnariale de l’entreprise.

Mise en œuvre à partir des années 1980, cette approche a conduit à augmenter la part variable de la rémunération liée aux résultats financiers de court terme, en particulier à travers la distribution de stock-options. On peut considérer que cette théorie a été performative : elle a transformé le comportement des dirigeants, les muant en agents maximisateurs, confondant la performance financière de l’entreprise avec leur intérêt personnel. Dès 2005, Sumantra Ghoshal1 expliquait que la théorie de l’agence qui avait inspiré la doctrine de la gouvernance actionnariale avait tué les pratiques de gouvernance d’entreprise vertueuses qui valorisaient le long terme et la cohésion de l’entreprise.

La deuxième explication renvoie à l’effet « petit monde » bien documenté dans la littérature2. Qui décide du montant des rémunérations ? C’est le CA des groupes concernés. Or celui-ci correspond à un petit nombre d’individus entretenant des liens étroits qui se cooptent. Ce sont souvent d’anciens dirigeants d’entreprise, ou leurs proches. Ils partagent les mêmes valeurs.

Lorsque le capital du groupe est dispersé, il existe en pratique peu de contre-pouvoirs aux décisions du CA, ou a fortiori, à celui du PDG qui cumule les fonctions de président du CA et de directeur général. L’exemple de la controverse sur la rémunération de Carlos Ghosn en 2016 vient attester ce point. En effet, alors que l’assemblée générale des actionnaires avait voté en majorité contre la proposition de rémunération, le CA avait confirmé celle-ci dans l’heure, arguant que le vote de l’assemblée n’était que consultatif.

Troisième explication : C’est la thèse de l’échelle de perroquet avancée par certains experts. Et si les règles de bonne gouvernance et de transparence avaient abouti à l’effet contraire de celui recherché ? Chaque dirigeant pouvant désormais se comparer à d’autres, ceux qui ont des rémunérations plus faibles que leurs concurrents alors que leur entreprise est plus rentable mettent en avant qu’ils sont sous-payés. Chacun faisant le même raisonnement, cela génère un mécanisme inflationniste.

Quatrième explication : des règles de rémunération délibérément opaques, complexes et évolutives. Un moyen d’échapper à la controverse est, pour le CA, de définir un mode de calcul fondé sur de nombreux paramètres dont les valeurs ne sont pas précisées. Proxinvest, cabinet de conseil en investissement, dénonce régulièrement dans ses rapports annuels sur la rémunération des dirigeants ces pratiques. C’est ce manque de transparence qui a par exemple conduit l’assureur Allianz, actionnaire minoritaire de Stellantis, à voter contre la proposition de rémunération de Carlos Tavares en avril 2024.

La croissance sans fin des rémunérations des dirigeants, fondée sur des arguments spécieux, soulève de nombreuses questions politiques et éthiques. Elle entretient la défiance des citoyens à l’égard d’élites déconnectées du sort des citoyens du monde, de leurs salariés et de leurs sous-traitants. Ces derniers ne bénéficient que peu des fruits des performances financières des entreprises, tout en subissant les conséquences néfastes d’une pression constante à la performance et à la baisse des coûts.

Enfin, ces comportements qui valorisent les performances individuelles interrogent la responsabilité sociale des dirigeants. Il est paradoxal que cette notion qui, à l’origine s’adressait aux dirigeants qui devaient donner l’exemple par leur comportement, n’intègre plus cette question dans les rapports extra-financiers où il est seulement affaire de performance sociale, environnementale et de règles générales de gouvernance.


samedi 17 janvier 2026

Jogging robot ...

 

Le robot infatigable

Honte et Indignité

Edifiant ce CopyCat des viols de Mazan, réalisé au Québec :

https://savoir.media/player/387155/movies?assetType=movies


La tiare du Scythe

La stupéfiante affaire de la fausse tiare en or du roi scythe Saïtapharnès, acquise par le Louvre en 1896,

par Joséphine Bindé, le 17 janvier 2026

Exposée exceptionnellement jusqu’au 2 février aux Archives nationales, la tiare du roi scythe Saïtapharnès fut l’un des faux les plus célèbres de l’histoire, avant de tomber dans l’oubli. Acquise à grands frais en 1896 par le musée du Louvre, cette rutilante coiffe en or ciselée de scènes et de motifs antiques s’est retrouvée au cœur d’un invraisemblable scandale en 1903, lorsqu’un artiste montmartrois a clamé dans la presse être l’auteur du croquis ayant servi à la fabriquer…

Israël Rachoumowski, Tiare de Saïtapharnès, XIXe siècle
Orfèvrerie 17,5 x 18 cm
Coll. musée du Louvre, Paris 

Même le plus grand musée au monde n’est pas à l’abri des vols, ni des arnaques. En témoigne la rutilante tiare de Saïtapharnès. Acquise fièrement par le Louvre en 1896, cette belle coiffe en forme de cloche, haute de 18 centimètres et finement ciselée de scènes antiques et de motifs décoratifs, trônait depuis sept ans dans une vitrine au département des Antiquités grecques et romaines du musée parisien, qui le présentait comme l’un de ses plus précieux trésors… Jusqu’à ce que, fin mars 1903, une affirmation étrange fasse son apparition dans la presse. Cité dans un article en tant que suspect dans une affaire de faux dessins, l’artiste Henri Mayence (dit Elina) affirme que de toute façon, il y a des faux partout, et qu’il est d’ailleurs lui-même l’auteur du dessin ayant servi à fabriquer la fameuse tiare. Abondamment relayée dans les journaux parisiens, la remarque fait scandale. 

Interviewé, le directeur général des Musées nationaux balaie l’accusation d’une pique amusée. « Ce peintre montmartrois me paraît vouloir se livrer à quelque charge digne du Chat-Noir », pouffe-t-il. « Tout ceci me paraît une plaisanterie », renchérit Antoine Héron de Villefosse, conservateur du département des Antiquités.

La tiare n’est-elle pas trop belle pour être fausse ? 

« Vous avez pu la voir au département des antiques, salle des bijoux, où elle fait l’admiration de tous. L’orfèvre Falize a déclaré qu’aucun ouvrier moderne ne serait capable d’un tel travail », plaide le secrétaire des Musées nationaux. D’ailleurs, l’objet a été examiné sérieusement par le conservateur du département des Antiquités puis validé par le conseil supérieur des musées. Mais le doute est installé, et le Tout-Paris ne parle plus que de cette affaire. Dans la presse, les illustrateurs et caricaturistes s’en donnent à cœur joie. L’un des dessins publiés, signé Abel Faivre [ill. plus bas], représente, à deux pas de la tiare exposée dans sa vitrine, un visiteur demandant au gardien : « Alors, tout est de Montmartre, ici ? ». Ce à quoi le fonctionnaire répond : « Pardon… Moi, je suis des Batignolles ».Un objet qui fait douter les experts. La situation est d’autant plus embarrassante pour le Louvre que la tiare faisait en réalité déjà l’objet de doutes dans le milieu de l’archéologie. Avant de rejoindre le musée parisien, elle avait en effet été proposée sans succès aux musées de Vienne, puis au British Museum, par le marchand Chapsel Hochmann, originaire d’Odessa et spécialisé dans l’orfèvrerie antique. Celui-ci racontait qu’elle avait été découverte par des paysans sur le site de l’antique Olbia, en bordure de la mer Noire, et offerte (comme l’indique sur l’objet une inscription en caractères grecs) au roi scythe Saïtapharnès par une ancienne colonie grecque au IIe ou IIIe siècle avant J.-C.

Après ces deux tentatives, Hochmann avait confié l’artefact à deux marchands autrichiens, Anton Vogel et K.M. Szymanski, qui l’avaient amené à Paris pour le proposer au Louvre en 1896. Ce fascinant bonnet d’or aux ornements soignés, d’un éclat sans pareil, qui incarne tous les fantasmes historicistes de la Belle Époque, séduit le directeur du Louvre de l’époque, Georges Lafenestre, accompagné de ses conservateurs Antoine Héron de Villefosse et Léon Heuzey, ainsi que de Salomon Reinach, archéologue au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. Pour ces derniers, les scènes quotidiennes scythes et les épisodes de l’Iliade qui la décorent sont des sujets tout à fait cohérents pour un objet du site d’Olbia.Ils hésitent cependant face au prix demandé, qui est très élevé. Mais le marchand, habile, crée un sentiment d’urgence : si le Louvre n’est pas intéressé, il va s’empresser d’aller le proposer au British Museum. De peur de laisser un trésor leur filer entre les doigts, les experts l’achètent rapidement avec d’autres bijoux scythes, pour 200 000 francs-or, dont 150 000 pour la tiare. Considérable pour l’époque, la somme est avancée à parts égales par Théodore Reinach, frère de Salomon, et l’architecte Édouard Corroyer.Merveille antique ou vaste escroquerie ?« L’ensemble est un faux, une tromperie monstrueuse et honteuse, dans laquelle malheureusement le plus grand musée du monde est tombé. »

Adolf Furtwängler

Présenté en grande pompe, ce trésor « trouvé dans un excellent état de conservation » « offre un intérêt capital du point de vue historique et archéologique », se réjouit le conseil des musées. « Le Louvre vient d’acquérir un monument d’orfèvrerie très remarquable. On ne sait si l’on doit admirer davantage l’état de fraîcheur dans lequel il est arrivé jusqu’à nous, l’importance de la composition, ou l’intérêt historique qui s’y attache », renchérit Antoine Héron de Villefosse dans son compte-rendu. Mais cette « fraîcheur », justement, ne tarde pas à éveiller les soupçons… Dès le lendemain de l’achat, la tiare est contestée. Venu l’examiner au Louvre, l’archéologue munichois Adolf Furtwängler rend visite à Salomon Reinach, qui lui demande si la tiare est fausse. « Archi fausse », lui répond l’expert… Dans la revue Cosmopolis, le savant allemand raconte avoir été « tristement déçu ».

« L’ensemble est un faux, une tromperie monstrueuse et honteuse, dans laquelle malheureusement le plus grand musée du monde est tombé », déplore Furtwängler, qui déroule une liste accablante d’arguments : absence de patine naturelle à la surface de l’or, traces de tentatives de coloration artificielle, et « mélange criard » de « motifs empruntés à des époques diverses, du Ve au Ier siècle »… Qu’il identifie comme grossièrement calqués sur des recueils de gravures et des publications de fouilles. « Je n’arrive pas à comprendre comment on a pu, à Paris, où règne un sens artistique très fin, s’enthousiasmer pour ces figures repoussantes et hideuses dont aucun membre n’est correctement dessiné », assène-t-il.

Un graveur d’Odessa suspecté

L’objet déclenche une polémique dans le milieu des spécialistes en Europe, qui se divisent en deux camps : tiaristes et antitiaristes. Gorgerin, statuette, petit vase… : dans le même temps, des objets en or scythe curieusement proches de la tiare et des bijoux acquis avec elle circulent à Paris. Le Louvre les juge faux, mais campe sur ses positions concernant l’authenticité de la tiare. Assailli par le doute, Salomon Reinach s’interroge : soit cette dernière a « servi de modèle à une officine de faussaires », soit elle « est le chef-d’œuvre de cette officine »…Le directeur du musée d’Odessa, E.R. von Stern, assure avoir vu chez un graveur de sa ville, Israël Rachoumowski– ou Roukhomovsky, selon les transcriptions –, des dessins d’ornements antiques correspondant aux motifs ciselés sur la tiare. En octobre 1897, l’intéressé répond dans la presse qu’il a bien reçu la visite de Stern, qu’il est très flatté par ses dires, mais qu’il ne voit pas de quels dessins il veut parler… Venu lui rendre visite pour en savoir plus, le conservateur du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg s’étrangle en découvrant chez lui des calques suspects réalisés sur un atlas allemand réunissant des motifs antiques. Sûr que l’orfèvre russe est l’auteur de la tiare, il en informe alors le Louvre, mais le musée ne donne pas suite.

Le dessin d’Israël Rachoumowski
reproduisant des morceaux
de la tiare de Saïtapharnès, 1903

Même silence en 1903, lorsque le peintre Elina s’approprie la paternité du dessin préparatoire de la tiare. Face au scandale, le musée se garde bien de rappeler cette querelle d’experts qui mettait en doute l’authenticité de l’objet depuis sept ans. Dans un journal parisien, Salomon Reinach souligne que si la tiare est fausse, son auteur ne serait pas Elina mais plutôt Rachoumowski. Un joailler russe d’Odessa et une violoniste danoise contactent alors le journal en affirmant connaître cet orfèvre russe, et qu’il a bien ciselé la tiare.La tiare portée par un âne au carnaval de NiceDevenue une vedette médiatique, la tiare intéresse même le cirque Barnum, qui propose de la racheter pour l’exposer en tant que phénomène de foire.

Au Louvre, les visiteurs se pressent pour admirer l’objet litigieux, et les caricatures pleuvent dans la presse. En pleine réhabilitation du capitaine Dreyfus, l’affaire est instrumentalisée par les antidreyfusards, donnant lieu à des articles et des dessins antisémites qui visent notamment Israël Rachoumowski et Salomon Reinach, tous deux juifs.Devenue une vedette médiatique, la tiare intéresse même le cirque Barnum, qui propose de la racheter pour l’exposer en tant que phénomène de foire. En 1913, en plein dénouement de l’affaire du vol de la Joconde, le carnaval de Nice produira même un « char des gardiens du Louvre », tiré par un âne portant un cadre vide autour du cou et coiffé de la fameuse tiare – ainsi transformée en « bonnet d’âne ».

En 1903, Rachoumowski avoue avoir en effet ciselé une tiare du même style, et accepte de venir à Paris pour éclaircir l’affaire. Aussitôt, le peintre Elina admet n’avoir finalement pas dessiné la tiare : sa sortie dans la presse n’était qu’une « bonne farce ». Arrivé dans la Ville lumière, Rachoumowski fournit une description de mémoire de sa tiare, indique les sources dont il s’est servi et montre ses croquis. L’orfèvre est alors conduit au Louvre. À peine arrivé devant la vitrine, ses yeux s’illuminent. « C’est ma tiare ! Je la reconnais ! », s’écrie-t-il joyeusement. L’artiste jure cependant qu’il ignorait que son travail allait servir à duper un musée : l’objet, assure-t-il, lui a été commandé en 1895 par le marchand Hochmann, qui disait vouloir l’offrir à un ami archéologue en guise de cadeau de jubilé. Lequel lui a été payé seulement 7 000 francs.Rachoumowski sommé de prouver qu’il est le faussaireMais pourquoi, dans ce cas, avoir nié en 1897 en être l’auteur ? Rachoumowski cherche-t-il simplement à attirer l’attention sur lui ? Pour en avoir le cœur net, le gouvernement français lui demande alors de prouver qu’il est bien le faussaire : exactement comme Han van Meegeren qui, 40 ans plus tard, peindra en direct un faux Vermeer dans le cadre de son procès.Rendu célèbre par l’affaire qui met en lumière son talent, Rachoumowski est invité à exposer ses œuvres au Grand Palais, obtient trois médailles et s’installe avec sa famille à Paris.

Dans les ateliers de la Monnaie de Paris, sous l’œil fiévreux des principaux acteurs de l’affaire, Rachoumowski reproduit sur une feuille d’or plusieurs ornements de la tiare. Le verdict est sans appel : l’orfèvre est bien l’auteur du trésor du Louvre. Ignorait-il réellement participer à une escroquerie ? Cette question demeure plus difficile à trancher. Quoi qu’il en soit, l’artiste s’en tire à très bon compte. Rendu célèbre par l’affaire qui met en lumière son talent, il est invité à exposer ses œuvres au Grand Palais, obtient trois médailles et s’installe avec sa famille à Paris, où il répond à des commandes du richissime baron Edmond de Rothschild.

En 1903, Guillaume Apollinaire propose, sans succès, d’exposer de façon permanente la fausse tiare au musée du Luxembourg – qui fait alors office de musée d’art moderne. Mais la coiffe, source de honte pour le Louvre, est remisée dans l’ombre de ses réserves, dont elle ne ressortira qu’à l’occasion de quelques expositions à partir de 1954. 

Depuis l’automne 2025, l’objet a de nouveau été exceptionnellement extrait de sa housse pour être présenté aux Archives nationales jusqu’au 2 février 2026, au sein de l’exposition « Faux et faussaires ».

mardi 13 janvier 2026

La prière silencieuse

Pendant tout le Moyen-Age, les clercs chrétiens ont soutenu que la seule prière qui vaille était la prière à haute voix, dite ou chantée : "Chanter c'est prier deux fois" dit saint Augustin.

Ils se sont fondés pour cette affirmation sur ... la preuve du contraire, explicitement écrite dans ISamuel1 :

Tandis qu’elle prolongeait sa prière devant le Seigneur,
Éli observait sa bouche.
Anne parlait dans son cœur :
seules ses lèvres remuaient,
et l’on n’entendait pas sa voix.
Éli pensa qu’elle était ivre ... 

Probablement aussi parce que cette prière silencieuse totalement efficiente, est la parole d'une femme, Anne.


vendredi 2 janvier 2026