samedi 23 janvier 2016

Le mystère du vélo 66091

Tout avait commencé pourtant normalement, quand je me rends chez un client hier soir en Velib.

Il s'agit du Velib 66091, même si je ne le connaissais pas par son numéro hier soir en montant dessus (à 17h40 précisément).
Tous les Velib ont un numéro sur le garde-boue arrière, ce numéro est repris dans le système informatique de Decaux.

Arrivé chez ce client à Saint Lazare, je dépose le vélo à la station au pied de l'immeuble (la station est la Saint Lazare 09029, même si je ne le savais pas à ce moment-là) sans me poser de question, dans un geste devenu presque inconscient avec les années.

Tellement inconscient de fait, qu'en tentant de reconstituer la séquence des gestes accomplis, a posteriori, je n'y suis pas parvenu.
Ce qui est, parait-il complètement normal quand on est dans la Twillight Zone.


En sortant de ce rendez-vous, le client et moi décidons de faire le retour vers Vaugirard ensemble, où nous habitons tous les deux, en métro, parce qu'il pleut.

C'est donc seulement à Vaugirard (précisément à la Station Blaise Desgoffes 06027, à la Fnac) que je tente de sauter sur un dernier vélo pour m'amener Rue du Château, à la maison.
J'ai une motivation forte à faire ce dernier tronçon en vélo, plutôt qu'à pied, car je serai crédité de 15 minutes de Bonus, la station d'arrivée de la Rue du Château étant considérée comme "en altitude".


Et c'est probablement à ce moment précis que l'on bascule dans une faille du continuum espace-temps ... Il est exactement 19h59 et 27 secondes.

Je pose ma carte d'abonné contre la borne.
Lumière rouge. Biiiiip.
Le système me dit "Vous avez déjà un vélo en location", et ne me laisse donc pas décrocher ce qui serait pour lui un deuxième vélo.

Je suis donc contraint de rentrer à pied, passablement énervé contre moi-même d'avoir mal raccroché le vélo à Saint-Lazare 2 heures plus tôt, car cette maladresse va probablement me coûter les 150 Euros d'amendes habituels.


Arrivé à la maison (il est alors 20h41), je téléphone à Velib pour leur signaler le problème (ils sont ouverts tard le soir en semaine).

C'est une Opératrice qui décroche. :
"Bonjour madame, j'ai un problème, j'ai toujours un vélo en location, j'ai dû mal le raccrocher à 18h01, sur la borne de la station Saint Lazare, que je vois être la station numéro 09029 sur le site Velib.fr".

Pour ceux qui doutent de ma capacité à dire précisément "à 18h01", sachez, hommes de peu de foi, qu'en accrochant le vélo, je venais d'entendre sonner l'Angelus à 18h00 à la Trinité (La grande église du quartier Saint Lazare).

Et l'opératrice me confirme :
"Effectivement, vous avez toujours un vélo en location, c'est le vélo 66091, mais la station de Saint Lazare n'est pas en dysfonctionnement selon mon système, donc vous avez dû mal le raccrocher."

Et elle poursuit :
"Je vous recommande de retourner à la borne Saint Lazare, et de bien le raccrocher, sinon on va effectivement vous taxer votre dépôt de garantie si quelqu'un le vole". (les fameux 150 Euros).


Argh ...


Il est 20h43, il fait nuit, il fait froid, il pleut sur Paris.

Et je dois retraverser la ville pour aller raccrocher le vélo 66091, de peur que quelqu'un, qui passerait son temps, la nuit, dans le froid et sous la pluie, à secouer les Velib en station, pour trouver ceux mal attachés, ne le prenne, et n'aille le jeter, par pure méchanceté, dans le Canal Saint Martin.

Ce qui serait, tu en conviendras, lecteur, complètement stupide, puisque le Canal Saint Martin est à sec en ce moment. Donc priverait le pervers en question du plaisir (certain) à noyer un Velib, qui nage, comme chacun sait, comme un fer à repasser.


Je dis ça parce que c'est en vidant le Canal, il ya quelques jours, par acquit de conscience, que l'on a finalement retrouvé des centaines de cadavres de Velib, dont on déplorait la disparition depuis des années.


D'un autre côté, je suis quand même inquiet que ce vélo 66091 n'ait pas été raccroché à une borne quelconque dans Paris, 3 heures après les faits, dans le cas où un usager normal l'aurait pris en toute bonne foi à la borne Saint Lazare.

Car cet usager normal aurait eut largement le temps de faire son trajet (à mes frais certes) et de raccrocher le vélo sur la borne de son domicile.
Et cela eut été alors la fin de l'histoire du Vélo 66091.


Il existe une autre explication possible, sans être paranoïaque :
L'usager était certes normal, bien que Parisien, mais réalisant que le Velib qu'il vient de prendre n'était pas attaché à sa borne, et qu'il ne payera donc pas le trajet, il se laisse alors brutalement aller à sa perversité naturelle (l'usager, pas le vélo) et décide brutalement d'aller se noyer dans le Canal Saint Martin.
 

Bref, donc je re-traverse Paris. En métro. 
Mais arrivé sur place, je ne trouve pas le vélo 66091 à la station Saint Lazare, malgré une inspection systématique des numéros sur les garde-boues.

Et je retraverse donc Paris, dans l'autre sens.
Toujours en métro, cher lecteur, je suis d'ailleurs un peu inquiet que tu te poses cette question.

Ce matin, au réveil, toujours inquiet, j'interroge mon compte Velib sur le site Velib.fr. Et là, mon cœur manque de s'arrêter :





J'ai toujours le Vélo 66091 en location.
Que je croyais avoir mal raccroché à Saint Lazare à 18h01.
Le Vélo 66091 a alors glissé dans l'espace-temps de Saint Lazare à Blaise Desgoffe.
A mon insu, j'ai en fait repris ce vélo 66091 à Vaugirard Blaise Desgoffe à 19h59.

Et, bien que je n'ai pas réussi à le décrocher de sa borne,
je ne l'ai néanmoins toujours pas rendu ce matin.

J'appelle Velib, un peu inquiet sur ma capacité à leur expliquer tous ces évènements survenus dans le monde parallèle.

Et là, l'Opératrice de Velib (je suis sûr que c'est la même qu'hier soir, je suis sûr qu'elle m'a reconnu, je suis sûr qu'elle ne veut pas me dire où j'ai caché le vélo 66091) me dit :

"Je vous recommande de retourner à la borne Blaise Desgoffe, et de bien le raccrocher, sinon on va effectivement vous taxer votre dépôt de garantie si quelqu'un le vole."


Aaaaaaarghhhhhhhhhhh ...

En un sens, j'ai été soulagé par cette réponse, j'ai eu peur qu'elle me demande d'aller me noyer dans le Canal Saint Martin à sec.

J'ai évidemment proposé à l'opératrice de retourner plutôt à Saint Lazare, qu'à Blaise Desgoffe, parce que je me méfie maintenant.
Et puis c'était pour voir si elle était aussi tombée comme moi dans la faille d'espace-temps, avec tout le système informatique Decaux, bâtiments, bornes et vélos.


Finalement, encore plus inquiet qu'hier soir, quant à ce que j'allais y trouver, je retourne donc cette fois à la borne Blaise Desgoffe.


Et là, lecteur, je ne te demande pas de me croire, pourtant je jure que c'est la stricte vérité du monde parallèle.

Après inspection des garde-boues, je n'ai évidemment pas trouvé le Vélo 66091 accroché sur une Borne à la Station Blaise Desgoffe.
Ce n'est pas comme ca que ca marche dans le monde parallèle.

Non.

Mais le Vélo 66091 a décidé de revenir à Blaise Desgoffe, et il s'est attaché par sa chaîne à un panneau de signalisation, sur le trottoir en face de la station.

Il ne s'est probablement pas encore évadé, au moment où tu lis ces lignes.

J'ai demandé à Velib à payer les 150 Euros, pour que le cauchemar s'arrête.


Ecrit à 13h31, depuis la Station Velib Dareau 14125, à l'entrée de l'hôpital psychiatrique Sainte Anne, où le Vélo 66091 et moi-même avons été admis en urgence, sur décision de l'opératrice Velib.