samedi 30 juin 2018

De l'ineptie en méthodologie

Le lobby de l'alcool (représenté par Vin & Société, leur organisme fédérateur) a remis le 27 Juin au gouvernement, "leur" plan de lutte contre l'alcoolisme en France.


Du coup la presse s'interroge :

Alcoolisme: Le plan de prévention du lobby de l'alcool peut-il être efficace ?

Fausse question.
La réponse est claire : Non.


Et, si quelqu'un s'interroge sur des sujets connexes :

- le syndicat des cigarettiers ne peut pas non plus définir le contenu du plan anti-tabac du gouvernement.

- La Française des Jeux ne peut pas non plus définir de plan contre l'addiction au Loto.


vendredi 29 juin 2018

De l'ineptie en mathématique

Je lis dans un article du Point, signé Jacques Chevalier, sur le sujet de la réduction de vitesse obligatoire au 1er Juillet, de 90Km/h à 80 Km/h.

Cet article, qui caresse ses lecteurs dans le sens de la carrosserie, livre une phrase pseudo-scientifique, qui dissimule en fait une grosse ineptie :

Contrairement à une idée intuitive, la réduction de la vitesse sur route et autoroute ne conduit pas, statistiquement, à augmenter les temps de trajet, mais à diminuer la distance moyenne parcourue par trajet, ce que l'on appelle la portée du déplacement. Il en résulte une perte d'efficacité économique. […]

Monsieur le Journaliste, je vous confirme qu'effectivement, intuitivement, je pensais que passer de 90 à 80 Km/h allait augmenter la durée des trajet quotidiens vers et depuis la gare, ou vers et depuis l'école des enfants.

Je n'avais pas réalisé que la distance à parcourir allait diminuer.

Par ailleurs, faire tout un article pseudo-scientifique sur ce sujet de la réduction de vitesse obligatoire, sans évoquer la finalité de la mesure, à savoir baisser la mortalité de 30% sur le réseau secondaire, c'est une performance.

Sur le plan économique, vous avez raison toutefois, la mesure va effectivement faire baisser le PIB (1,94% dites-vous) : C'est vrai ! 

Nous allons avoir une baisse drastique des frais de carrosserie, pour les voitures qu'il ne sera pas nécessaire de réparer, et l'état va enregistrer une perte de TVA sur les frais d'obsèques évités.





Anna for 2

Ce scénario du Google Assistant de réservation de restaurant est vraiment bluffant.

Les intonations de l'Assistant sont extrêmement réalistes, et l'adaptation aux réactions du restaurateur sont sidérantes :


- J'aime l'hésitation quasi-imperceptible dans le "party for [...] two".
- Ou le "yeah …"







Ce qui m'étonne toujours, c'est finalement le peu de crédibilité du cas d'usage.

Pourquoi l'automate Google passerait-il par le téléphone et l'interface vocale (spécifiquement humaine) alors que le restaurateur expose son planning sur tous les sites de réservation type Booking.


Et qu'il est non ambigu d'établir plutôt un dialogue MTM (c'est à dire de machine à machine) ?



Le Jules

Des chercheurs hollandais ont travaillé à faire une reconstitution faciale du visage de Jules César.

La démarche n'est pas scientifique, ils sont en effet partis uniquement des représentations existantes (bustes et monnaies), dont le fameux Jules d'Arles, trouvé dans le Rhône en 2007 :




Et ca donne ca :




On a tous une certaine fascination devant le réalisme de cette reconstitution faciale, mais le choc de la présence est beaucoup plus grand devant le buste de marbre, dans la pénombre de l'"Arles antique".

En tout état de cause on ne devrait avoir que de la haine pour l'auteur d'un des plus grands crimes contre l'humanité.


lundi 25 juin 2018

Nybble

En informatique, tout le monde le sait, un byte est un ensemble de 8 bits d'information. 

Mais j'ai appris récemment qu'un demi-octet (4 bits) est un "nybble".

Ce néologisme est construit sur la base d'un très joli raisonnement.

Il met en oeuvre d'abord une très jolie métonymie : Un nibble (avec "i") en anglais, est une petit bouchée, quand un "bite" (aussi avec "i") est une bouchée complète : Un nibble est donc assez logiquement un demi-bite.

Et la touche de magie, c'est d'écrire nybble plutôt que nibble, parce que c'était écrit "byte" et non "bite".  


samedi 23 juin 2018

Sans commentaire


Un nouveau concept

Le directeur des formats de proximité de Casino est fier du nouveau "concept" de magasin qu'il vient d'ouvrir à Paris :

"Il s'agit d'un lieu "décomplexé et unique qui revendique la place de la joie, du plaisir et du bien-être dans la vie agitée de la capitale".

Quand on voit que Amazon ouvre pendant ce temps des magasins en self-service intégral, sans plus de système de caisse à la sortie, on se dit que on ne vit pas tous dans le même monde.





jeudi 21 juin 2018

Velib delenda

C'est pas bon signe :







samedi 16 juin 2018

Caramel beurre salé

Les journalistes du Figaro ont mené une enquête scrupuleuse sur les meilleures glaces Caramel Beurre Salé de Paris. 

Selon leur classement, Berthillon n'arriverait que 3ème. 

Impossible ! 








mercredi 13 juin 2018

La Madeleine

Proust éculé, Proust galvaudé, mais Proust toujours aussi beau :

Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi.
Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi.



"Du côté de chez Swann"
Marcel Proust (1913)

mardi 12 juin 2018

L'art dégénéré


C’est bien quand quelqu’un de compétent dit clairement ce que tout le monde ressent sans oser le dire, dans une émission de France Culture  :



Annie Le Brun, écrivain, poète, commissaire d’exposition, décrit "l'enlaidissement du monde" qui frappe selon elle notre société depuis l'avènement conjoint du capitalisme financier et d'un art contemporain obsédé par l'argent et affranchi de toute considération esthétique.


Le "Dirty Corner d'Anish Kapoor à Versailles en 2015.
Evidemment une horreur innommable, d'autant plus choquante 
en raison de l'écrin qu'on lui a donné.

dimanche 10 juin 2018

Franciscus : Tante Claudia est une force de la nature

La "démonstration" de l'assimilation de Franciscus Goiset d'Autet avec Franciscus Gazet de Chaumercenne repose donc sur le jeu des 3 prémisses suivantes :

1a) Franciscus Goiset ne laisse plus de traces à l'état civil de la paroisse d'Autet après 1685, bien que très actif jusqu'alors comme parrain (et pas mort à cette date, faute d'acte de décès)
alors que 1b) Franciscus Gazet apparait à l'état civil de Chaumercenne en 1691 (et nécessairement par un mariage antérieur à 1691, puisqu'il y est marqué "conjugum" en 1691, mais les mariages de Chaumercenne sont lacunaires sur la période).

2a) Si Joanna Claudia Desens à Autet (Epouse de Franciscus Goiset l'ainé, parrain de Franciscus Goiset le jeune) et 2b) Claudia Desens à Chaumercenne (Marraine de la 1ère fille de Franciscus Gazet) sont une seule et même personne, alors 2c) Franciscus Goiset d'Autet et Franciscus Gazet de Chaumercenne sont (très probablement) une seule et même personne.

3a) Il n'y a qu'une seule souche Desens en Haute-Saône à cette époque (Voir Geneanet), et c'est à Chaumercenne. La famille Desens y est donc nécessairement liée avec une autre souche de Chaumercenne, les Beuchey. Donc 3b) La translation de Francis Goiset depuis Autet jusqu'à Chaumercenne pour y épouser une Beuchey, s'explique très naturellement, plus naturellement que par le simple hasard des rencontres de jeunes aux Foires de Gray (Gray, chef lieu de bailliage, est a mi-chemin entre Autet et Chaumercenne).

Avancer sur ces 3 prémisses, pour emporter la conviction, n'est toutefois pas chose aisée.

A son mariage avec Francisus Goiset l'ainé en 1682, Joanna Claudia est dite "veuve de François La Vaste de Prantigny". A priori pas de rapport avec Chaumercenne, donc. Argh ...

Joanna Claudia Desens, vefue de françois La Vaste, d'autre par
de la passe ([Paroisse] de prantigny

D'autant que l'étude de l'Etat Civil de ce Prantigny révèle rapidement une nouvelle difficulté :
La famille La Vaste (ou La Vaitte, telle qu'elle écrit parfois son nom à Prantigny) y est représentée, dans ces années là, par 2 frères :

- François La Vaste qui a effectivement épousé Joanna Claudia Desens,
et
- Claude La Vaste qui a épousé ... Claudia Desens (Argh !)


Les 2 frères La Vaste ont épousé 2 soeurs Desens, et comble de confusion, ils ont choisi les 2 soeurs de même prénom.


Ca va pas être simple …

Mais la Mort éclaircit cette situation inextricable, de 2 coups de faux décisifs :

1) Coup de faux : François la Vaste décèdera (1680?), laissant Joanna Claudia veuve (et donc susceptible de se remarier avec Franciscus Goiset en 1682),

2) Coup de faux : Claudia Desens décèdera (1686?), laissant Claude la Vaste veuf (et donc susceptible de se remarier avec une certaine Marie Perrot, femme originaire de Chaumercenne, tiens, tiens ...)

Et les baptêmes de 2 enfants de Claude la Vaste dans ce 2ème mariage m'apportent 2 preuves dont j'avais besoin :

1) Sa belle-soeur Joanna Claudia, qui y est marraine du petit Valentin (1688), s'y fait appeler Claudia (ou "Claudeta" précisément) :


1688 : Noter que Claude n'est pas spécifié dans "filius La Vaste", mais que
l'épouse Marie Perrot permet de corriger la lacune du curé.
Claudeta Desens marraine.

2) Son beau-frère Joannes Desens, qui y est parrain du petit Johannes Ludovicus (1689), y est marqué "de Chaumercenne". La famille Desens, d'Autet et de Prantigny, est bien de la même souche que celle de Chaumercenne.

1689 : Johannes Desens de Chaumercenne parrain

Conclusion (non certaine mais très probable) :

L'assimilation Franciscus Goiset d'Autet, filleul de Joanna Claudia Desens, avec Franciscus Gazet de Chaumercenne, qui choisit Claudia Desens en marraine, gagne très fortement en crédibilité.

Conclusion secondaire :

Mariée en 1682 à Autet, Claudia va faire 15 enfants avec son mari, dans les 18 années qui suivent,
Plus s'occuper d'au moins 8 enfants supplémentaires, issus de la tribu recomposée,
Ce qui ne l'empêche pas, pendant ces 18 ans, d'être marraine au moins 15 fois, dont 12 fois à Chaumercenne, à 25 kms (à pied a priori) de sa tribu d'Autet.


Cette Claudia Desens était d'une constitution physique impressionnante, une véritable force de la nature.

Ils devaient filer droit, les maris et les moufflets.






Le Chromosome Y

Un article passionnant dans la presse :

Il y a environ 7000 ans, tout au long du Néolithique, quelque chose de vraiment particulier est arrivé à la diversité génétique humaine. 

En effet, pendant 2000 ans à travers l’Afrique, l’Europe et l’Asie, la diversité génétique du chromosome Y s’est effondrée.

Comme s’il n’y avait eu en moyenne qu’un homme pour 17 femmes.

Aujourd’hui, et grâce à la modélisation informatique, les chercheurs croient avoir trouvé la cause de ce phénomène mystérieux : les combats entre clans patrilinéaires. 

En effet, des baisses de diversité génétique parmi les humains ne sont pas inconnues, inférées sur la base des modèles génétiques chez les humains modernes. Mais ces différences de diversité affectent généralement des populations entières, probablement à la suite d’une catastrophe ou d’un autre événement qui fait diminuer la population et, par conséquent, le patrimoine génétique.


Mais le goulot d’étranglement du chromosome Y au Néolithique, comme on le sait, a été quelque peu énigmatique depuis sa découverte en 2015 : en effet, il n’a été observé que sur les gènes du chromosome Y qui se transmettent de père en fils, ce qui signifie qu’il a seulement affecté les hommes.

Cela renvoie à une cause sociale, plutôt qu’à une cause environnementale, et étant donné les restructurations sociales qui ont eu lieu il y a 12’000 à 8000 ans, lorsque les humains se sont tournés vers des cultures agraires avec des structures patrilinéaires, les scientifiques pensent que ces éléments sont liés.
Il faut savoir qu’une baisse de diversité génétique ne signifie pas nécessairement une baisse de la population. Le nombre d’hommes aurait très bien pu rester le même, tandis que le nombre d’hommes ayant produit une progéniture aurait simplement diminué. 

C’était l’un des scénarios proposés par les scientifiques qui ont rédigé le document datant de 2015. « Au lieu de « la survie du plus fort » dans le sens biologique du terme, l’accumulation de la richesse et du pouvoir, pourrait avoir augmenté le succès reproductif d’un certain nombre limité de mâles « socialement aptes » et de leurs fils », expliquait la biologiste computationnelle Melissa Wilson à l’époque.

Tian Chen Zeng, un sociologue de Stanford, s’est basé sur cette hypothèse.
Lui et ses collègues ont souligné que, dans un clan, les femmes pouvaient se marier dans d’autres nouveaux clans, tandis que les hommes restaient avec leurs propres clans, toute leur vie.  Cela signifierait que, au sein du clan, la variation du chromosome Y est limitée.


Cependant, cela n’explique pas pourquoi il y avait si peu de variation entre les différents clans. Mais les escarmouches effaçaient des clans entiers, cela aurait pu éradiquer beaucoup de lignages masculins (diminuant la variance chromosomique Y).

La modélisation informatique des scientifiques a vérifié la vraisemblance de ce scénario. En effet, les simulations ont montré que les guerres entre les clans patrilinéaires, où les femmes se déplaçaient mais où les hommes restaient dans leurs propres clans, ont eu un effet considérable sur la diversité des chromosomes Y au fil du temps.

Ces simulations ont également démontré qu’une structure sociale qui permettait aux hommes et aux femmes de changer de clan n’aurait pas cet effet sur la diversité des chromosomes Y, même s’il y avait un conflit entre eux.
Selon les chercheurs, cela signifie que les clans patrilinéaires en guerre sont l’explication la plus probable : « Notre proposition est soutenue par des découvertes en archéo-génétique et en théorie anthropologique », ont écrit les chercheurs dans leur article. « Premièrement, notre proposition implique un épisode de la préhistoire humaine, lorsque les groupes de descendance patrilinéaire étaient l’unité socialement saillante et la plus importante de la compétition intergroupes », ont-ils ajouté.

Cette hypothèse est également soutenue par une découverte dans les échantillons d’ADN européens : la coalescence superficielle du chromosome Y, une caractéristique qui indique des niveaux élevés de parenté entre les mâles. «Les groupes de mâles dans les cultures agropastorales post-néolithiques européennes, semblent descendre patrilinéairement d’un nombre de progéniteurs comparativement plus petit que les chasseurs-cueilleurs, et cette tendance est particulièrement prononcée chez les pasteurs », expliquent-ils.

« Notre hypothèse prédirait que les sociétés post-néolithiques, malgré leur population plus importante, ont eu des difficultés à conserver la diversité ancestrale des chromosomes Y, en raison des mécanismes qui accélèrent leur dérive génétique, ce qui est certainement en accord avec les données », ajoutent-ils.

Fait intéressant, les variations sont moins prononcées dans les populations d’Asie de l’Est et du Sud-Est, que dans les populations d’Europe, d’Asie de l’Ouest ou du Sud. Cela pourrait être dû au fait que les cultures pastorales étaient beaucoup plus importantes dans ces dernières régions.

vendredi 8 juin 2018

Une merveille de culture et de savoir

L'Ecole des Chartes expose à cette page un ensemble de trésors sous forme numérique, en libre accès.

La sélection est éclectique, mais chaque corpus de document donne envie à tout amoureux de la France de disposer des mois nécessaires à son étude.

En plus chaque corpus est un splendide hommage aux années de formation et de travail accumulées par les Chartistes qui en ont assuré l'édition.

Tromperie sur la marchandise

Je lis ces mots dans la presse, de la bouche de Sébastien Missoffe, directeur général de Google France, à l'occasion de l'ouverture de l'Atelier (cours, conférences et conseils d'une dizaine de coachs, tout gratuit, Google oblige) :

"L'atelier est venu du fait qu'il y a une urgence totale en France, il y a 50.000 emplois à pourvoir autour du numérique. Il y a des personnes dans des entreprises qui cherchent ces compétences et qui ne les trouvent pas pour se développer à l'international".

"J'ai la conviction que la formation est le sujet le plus important pour accélérer la transformation numérique en France".

Sébastien Missoffe se propose donc d'ouvrir encore trois autres ateliers en France d'ici la fin de l'année.


"Dès samedi, enfants, parents et professionnels de Rennes vont bénéficier gratuitement de cet atelier, dans le centre-ville de Rennes. L'Atelier sera ouvert du lundi au samedi de 9h à 19h."

Jusque-là très bien, pour adapter les compétences des gens aux emplois du numérique en France.

C'est après que ca se gâte :


Parmi les ateliers: "Comment protéger ses enfants", "comment se protéger sur internet", "comprendre comment nos données personnelles sont utilisées".


C'est du foutage de gueule de faire croire aux gens que le numérique qui leur trouvera du boulot consiste à "savoir se protéger sur Internet", ou "savoir comment mes données personnelles sont utilisées".

Je propose d'intégrer directement l'Atelier de Google aux formations "diplomantes" de l'ANPE.





jeudi 7 juin 2018

Franciscus Goiset -> Gazet, Oui Mais !

Toute ma démonstration sur Franciscus Goiset (le jeune) de Autet qui serait devenu Franciscus Gazet à Chaumercenne repose sur la coincidence de 3 faits, qui pris ensemble sont très improbables :

1- L'épouse du parrain de Franciscus Goiset (le jeune) à Autet s'appelle "Joanna-Claudia Desens",



Acte de Mariage original BMS Autet 1682 Page 26-39
Noter "Jeanne-Claude Desens"
Acte de Mariage copie au greffe du bailliage BMS Autet 1682 Page 67-131
Noter "Jeanne-Claude Desens"
Noter qu'il est assez rare de disposer des 2 exemplaires d'un acte d'état civil à cette époque, l'original avec tous ses détails, et la copie du greffe plus succincte. Les détails de l'original sont très riches d'informations, notamment sur les veuvages antérieurs respectifs des mariés., et leur filiation.

2- La marraine de la première fille de Franciscus Gazet à Chaumercenne (Claudia) s'appelle "Claudia Desens".


Acte de Baptême BMS Chaumercenne 1691 Page 26-182
Noter "Claudia Desens"
3 - Le nom "Desens" est très rare (unique en fait) en Franche-Comté : il dénote une racine patronymique d'un ancêtre originaire "de Sens" dans le Duché de Bourgogne, installée dans la Comté depuis longtemps. Cette rareté du patronyme "Desens" en Haute-Saône, milite pour l'assimilation épouse-marraine, sans certitude néanmoins.
Quand on fait une recherche sur Geneanet du patronyme Desens :


On n'obtient que 10 réponses pour la Haute-Saône, avant 1700 :


Et noter que toutes les réponses "Desens" sont entre les 2 paroisses de Autet et Chaumercenne. 


J'aurais aimé, les jeunes, que vous souleviez l'objection essentielle :

Bon ok, il y a un faisceau de présomptions, mais …

"Joanna-Claudia Desens" à Autet est-elle vraiment "Claudia Desens" à Chaumercenne ? S'agit-il vraiment de la même personne, malgré la petite différence de prénom, et malgré la distance géographique (25kms entre Autet et Chaumercenne) ?


Eussiez-vous soulevé cette objection, que vos professeurs auraient été fiers d'avoir réussi à vous inculquer cet esprit logique, fierté française.
 

Une feuille de papier

Si la feuille de papier, comme support d'écriture ou d'impression est devenue banale, il n'en n'a pas toujours été ainsi.

Quand on remonte au 13ème siècle et avant, le support d'écriture privilégié est le parchemin, c'est à dire une peau d'animal (le mouton et le veau en priorité) traitée mécaniquement et chimiquement pour devenir support d'écriture.

Un parchemin obtenu en cousant des peaux animales ensemble

Ce sont les Italiens qui ont développé les premiers l'industrie papetière en Europe, puis la ville de Troyes s'en est fait une spécialité, pour le royaume de France et pour ses provinces : En 1470 Troyes compte 9 papeteries.
Ces fabriques ont des marques identifiables par leur filigrane, une petite grille métallique prenant une forme reconnaissable, imprimée dans la pâte à papier, au moment de son séchage.

Un filigrane vu par transparence.
Les lignes horizontales sont les marques des fils de laiton
destinés à rigidifier le cadre de séchage de la feuille
appelées "vergeures"

Et le papier est un article de grand commerce au XVème siècle déjà : On trouve les filigranes troyens à travers tout le royaume. Car le papier voyage bien, il n'est pas trop lourd et pas trop périssable, il supporte bien les vicissitudes du grand chemin.

Mais le papier reste un article coûteux, inaccessible au commun, qui ne sait ni lire ni écrire de toutes façons. Patrice Beck, dans son livre sur "les cherches de feux bourguignonnes (1285-1483)" rapporte que :
- en 1397, 3 cahiers de petit format sont vendus 3 sous 9 deniers.
- en 1398, 6 cahiers de petit format sont vendus 7 sous 6 deniers.


Ce cahier, qui est à peu près de forme A4 actuelle, compte en général 22 feuilles, soit 88 pages.

Par comparaison, le parchemin est beaucoup plus coûteux encore :
- en 1367 : La feuille de parchemin (prise par 12) se paye 16 deniers à Paris
- en 1371 A Dijon : 25 deniers.
- en 1372 "Peau de veel" : 30 deniers.
La "peau de veel" ou velin est un parchemin obtenu à partir de la peau d'un veau mort-né. Car le parchemin n'a pas complètement disparu, à l'époque du papier : il sert souvent de couverture à un cahier de papier, en raison de sa grande solidité. 


On gardera cette habitude longtemps en France. Par exemple, ce registre d'état-civil de la ville de Gray (70) du 17ème siècle est protégé (tant bien que mal) par un vieux parchemin enluminé de lettrines, beaucoup plus ancien :


Etat-Civil Gray (70) XVIIème 

P
our rappel, un sou ou sol vaut 12 deniers. Et il faut 20 sous pour faire une livre. Une livre vaut donc 12x20 = 240 deniers. A l'origine une livre correspondait vraiment à une livre d'argent métal.
C'est Charlemagne qui a mis ce système en oeuvre au 9ème siècle, et ces unités perdureront jusqu'à la Révolution, avec des variantes régionales, dont les plus connues sont la tournois (de Tours) et la parisis (de Paris).


Le cahier de papier de 88 pages coûte donc environ 15 deniers pièce.
Mais que représente cette somme à l'époque ?

La seule méthode disponible pour se projeter à l'époque, et répondre à cette question est de prendre une comparaison : cette somme de 15 deniers représente l'équivalent du salaire journalier d'un ouvrier du bâtiment.

Le papier est donc un objet de luxe, puisque le cahier de 88 pages vaut environ 400 Euros d'aujourd'hui.

Mais cette démarche de comparaison a une limite majeure : la société de l'époque était organisée de manière très différente, et pas plus que le Français moyen n'écrivait sur un cahier, il ne faisait pas appel à des ouvriers du bâtiment.
Il n'avait les moyens ni pour l'un ni pour l'autre, tout occupé qu'il était à essayer de survivre par son travail.


mardi 5 juin 2018

Ortograffe

Je ne veux stresser personne, mais c'est toujours intéressant un petit test d'orthographe, pour connaître son niveau ...

vendredi 1 juin 2018

Franciscus

Voilà longtemps que je cherche l'origine de mon ancêtre Franciscus Gazet, à Chaumercenne (Haute-Saône) en 1691.

Cette question « Mais d’où vient Franciscus ? » m’a longtemps taraudé.


Je m'en faisais déjà l'écho dans ces colonnes en 2015.

A travers la France de Louis XIV

J’ai étudié des pistes dans tous les coins de France :
- En Savoie, où le nom Gazet est fréquent, et où les Savoyards ont migré en nombre après la Guerre de 10 ans, vers la Comté de Bourgogne (Depuis Cruet spécifiquement, et le Faucigny). On les appelle sur place les "sabaudia".
- Au Duché de Bourgogne (qualifié de « en France » dans les actes de la Comté), notamment de Saône et Loire, du Brionnais, où de manière avérée, des « Gaget » ont donné des « Gazet ».
- Ou même en Lorraine.


Je n’ai pas été aidé par le fait que les départements Doubs et Jura, d’où Franciscus aurait pu venir, n’ont toujours pas numérisé leur état-civil (du moins en totalité).

Mais peut-être est-il simplement un gars du coin ?

Apparition
Franciscus surgit brutalement à l'Etat-Civil de Chaumercenne (70) en 1691.Franciscus fait là une palanquée d’enfants (10 au total, de 1691 à 1709) à une femme du cru, une certaine Petra Buchez, d’une famille bien implantée localement :


10 enfants Gazet à Chaumercenne entre 1691 et 1709
[Nous descendons tous de Bartholomeo, le petit dernier]

Sur un plan rédactionnel, le nom « Gazet » pose des tas de problèmes au curé local, comme dans cet acte de naissance de la 1ère fille, Claudia, en 1691 :


[BMS Chaumercenne 1691 Page 26-182]

La cause de cette difficulté pour le curé est double :
- Il ne connait pas le nom de famille « Gazet », et
- il y a, par un malencontreux hasard, à Chaumercenne un paroissien appelé « Franciscus Gachot », dans une famille bien connue.


Au décès
Franciscus s’endormira ensuite dans la paix de l’Eternel, « reddit animam Deo», en 1724, à l’âge assez élevé de 66 ans (sexagesima sexto). Il sera enterré au cimetière de Chaumercenne :




[BMS Chaumercenne 1724 Page 175-182]

Cette information de 66 ans au moment du décès, aussi imprécise soit-elle (« circiter »), me donne une indication sur sa date de naissance : aux alentours de 1658 …
Curieusement, Franciscus aurait donc commencé tard pour avoir  ses enfants : 33 ans pour le premier, et 51 ans pour le dernier, le petit Barthélémy ?
Tout aussi curieux, son épouse Petra aurait autour de 15 ans au mariage, ce qui est très jeune (son acte de décès la stipule née vers 1675, je n’ai pas l’acte de naissance).

Et un mariage avec une telle différence d’âge aurait été l’occasion d’un charivari d’anthologie à Chaumercenne, surtout pour un gars étranger au village, qui vient prendre ainsi une fille de notable.

Et puis
Et puis je suis tombé sur la piste « Goiset ».
J’ai été mis sur cette piste par le grand recensement de 1657, qui mentionne un Franciscus Goiset, manouvrier marié  dans « ceux qui ne sont [pas] du lieu » à Fleurey Les Lavoncourt (70) :
Grand Recensement de Franche-Comté de 1657

Un François Goiset y est manouvrier en 1657, déjà marié (il compte pour 2) mais sans enfants encore. Une rapide recherche dans Genenet dirige mes recherches vers Autet, à 15 kms au sud de Fleurey, où des « Goiset » ont fait souche. Certains de leurs jeunes s’exilent visiblement comme manouvriers dans les communes alentour, sans doute par défaut de terre à cultiver en propre.

Franciscus Goiset est donc une piste sérieuse.
Mais ce François Goiset, manouvrier marié en 1657, sera trop vieux dans 35 ans pour aller faire des enfants à Chaumercenne. Il me faut donc avancer dans le temps, d’une génération. 

C’est aisé à faire en Franche Comté à cette époque : les garçons y prennent le prénom de leur parrain, et les filles celui de leur marraine.

Le filleul Franciscus
Franciscus Goiset a bien un filleul en 1672 … un certain Franciscus Goiset. C'est son neveu, le fils de son frère Claude :



[BMS Autet 1672, page 26-66]

Noter qu’il n’y a pas d’ « Obit » à côté de l’acte de baptême : L’enfant a donc survécu au sevrage. Le jeune Franciscus va donc vivre et grandir à Autet.

Mais sa vie ne sera pas facile du tout :

Il perdra son père Claude Goiset, décédé 2 ans plus tard en 1674, à 30 ans.
Sa mère, Claudine Tabouret, devenue veuve, se remariera en 1677 avec un certain Claudius Limasset.
Elle n’a pas le choix, avec 2 enfants en bas-âge : Anthoine qui a 8 ans, et Franciscus de 5 ans (2 autres enfants nés du mariage avec Claude Goiset sont morts en bas-âge).

Les 2 frères seront donc élevés par un beau-père Limasset, au milieu de 5 autres demi-frères et soeurs qui viendront avec les années.

Pas gagné pour avoir des terres plus tard, 
dans ce pays de misère, ravagé par la guerre.

Proximités
Les choses ne seront pas faciles non plus pour son oncle et parrain Franciscus Goiset l’Ainé :
Il perdra 2 épouses en couches, et se mariera 3 fois, la 3ème fois avec une certaine Johanna Claudia Desens, en 1682 :



[BMS Autet 1682 Page 67-131]

Sur les 12 enfants qu’il engendrera avec ses 3 épouses, il en perdra 7.
Le parrain et le filleul ont été rapprochés par ces pertes de proches, et c’est le rôle canonique du parrain de devenir père de remplacement.
Le filleul a également été proche de sa tante, la 3ème épouse de son parrain, cette Joanna Claudia Desens.
Ce patronyme « Desens » rattache clairement à la ville de Sens au Duché de Bourgogne, dont l’ancêtre éponyme devait venir. Mais cette origine s’est perdue à l’époque déjà, et la famille de Sens est dite « de Prantigny » dans les actes (Prantigny -70).


Une jeunesse à Autet
Je n’ai pas d’information sur la manière dont se passe la jeunesse de Franciscus, hormis au travers du filtre très parcellaire de l’Etat Civil. Impossible de savoir par exemple la nature des relations à son beau-père Limasset.
Mais le jeune Franciscus s’implique dans la vie de sa paroisse : Il est souvent parrain lui-même, dès ses 10 ans, de 1682 et 1685. Notamment d’ailleurs d’un demi-frère Franciscus Limasset à lui, en 1684.




[BMS Autet 1682 Page 67-131]


1685 : Disparition
Puis en 1685 disparaissent les marques.
Plus aucune occurrence de Franciscus le Jeune à l'état civil d'Autet.
Et Geneanet, dans lequel la famille Goiset d’Autet est bien étudiée, ne connait pas de mariage ni de descendance pour Franciscus Goiset.


Donc, très probablement, le jeune Franciscus, puisqu'il n'est pas mort (a priori), et qu'il n'a pas fait d'enfants sur place, s'est déplacé.


Un Mariage à Chaumercenne
Je fais pour ma part l’hypothèse que le jeune Franciscus Goiset se déplace de 25 kms vers le sud, pour se marier à Chaumercenne, probablement en 1690.

Et que son nom Goiset y est difficilement entendu « Gazet » par le curé.
Je ne peux pas le prouver par l’acte correspondant, car les mariages sont lacunaires à Chaumercenne dans les années 1650-1700.


Le problème de l’âge au décès
Autant un Franciscus né en 1658 aurait été vieux au mariage, autant je suis interpelé par l’âge précoce de ce mariage d'un Franciscus né finalement en 1672 (18 ans pour Franciscus, et autour de 15 ans pour son épouse Petra).

C’est très inhabituel, les mariages étant plutôt contractés autour de 25 ans à cette époque. Je suppose que la vie chez son beau-père Limasset l’a poussé à voler de ses propres ailes rapidement. 
Et l’impossibilité pour lui dans une famille ainsi recomposée d’accéder à de la terre en propre, l’ont probablement motivé à s’installer au village de son épouse. Car c’est très inhabituel également : D’habitude, le couple se marie au pays de l’épouse, mais s’installe ensuite au pays de l’époux.

La preuve toutefois ?
La preuve raisonnable de l’identification Goiset-Gazet, c’est que la marraine de Claudia, la 1ère fille qui naitra de cette union, n’est autre que Claudia Desens, la tante de Franciscus, la 3ème femme de son parrain.


[BMS Chaumercenne 1691 Page 26-182]

Il est classique en Franche-Comté (mais non systématique) de prendre en parrain-marraine du 1er enfant né du nouveau couple, la nouvelle grand-mère ou nouveau grand-père, père ou mère d’un des époux.
C’est comme ça que le prénom du grand-père ou de la grand-mère revient une génération sur 2.
Il est donc révélateur que Franciscus [le Jeune] confie ce rôle à sa tante Claudia Desens, qui devait avoir pris, au côté de son parrain Franciscus [l’Ainé], son mari, le rôle d’une mère de remplacement.


Conclusion
Etes-vous convaincus par mon assimilation ? Pensez-vous comme moi que l'on peut dire que Franciscus Goiset né à Autet en 1672, est mort sous le nom de Franciscus Gazet à Chaumercenne, en 1724 ?

J’ai mis toutes les étapes de cette histoire compliquée sur une carte :